« Du swipe à l’avis de mise en recouvrement »Influenceurs, créateurs de contenu et fiscalité numérique : ce que sait déjà l’administration… et ce qu’elle attend de vous
- Rodolphe Rous
- 5 juin 2025
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : 8 juin 2025

Les placements produits affluent, les abonnés « premium » explosent, les virements Stripe tombent jour après jour : l’économie de l’influence est devenue un écosystème professionnel à part entière. Depuis 2024, Bercy n’a plus besoin de fouiller vos stories pour reconstituer votre chiffre d’affaires : la directive européenne DAC 7 – transposée en France par l’article 1649 ter A du CGI et son décret d’application du 28 décembre 2023 – oblige les plateformes à lui transmettre, chaque mois de janvier, le relevé exhaustif des revenus qu’elles vous ont versés l’année précédente.
YouTube, TikTok, Twitch, Instagram, OnlyFans, MYM, Patreon ou Ulule : toutes sont visées, qu’elles soient établies dans l’UE ou non, dès lors qu’elles ont des vendeurs ou créateurs français. Le fisc dispose désormais d’un tableau croisé dynamique signé Google, Meta ou OF : date, montant brut, commissions, IBAN et numéro de SIREN quand il existe.
BNC, micro-BNC, société : l’imposition n’est jamais optionnelle
Dès le premier euro encaissé, les sommes relèvent des bénéfices non commerciaux (BNC) visés à l’article 92 du CGI.
Micro-BNC tant que les recettes ne dépassent pas 77 700 € : abattement automatique de 34 %, charges sociales prélevées par l’URSSAF au taux d’environ 22 % du chiffre d’affaires.
Au-delà, déclaration contrôlée : vous déduisez matériel, logiciel de montage, déplacements, commissions de plateforme, community-manager, mais vous tenez une comptabilité complète.
Exploiter via une EURL ou SASU reste possible ; la société est alors soumise à l’IS (15 % puis 25 %), vous percevez salaire et/ou dividendes. En cas de pilotage depuis la France, la structure étrangère « facile » ne change rien : article 123 bis CGI et risque d’établissement stable.
Statut professionnel, statut non professionnel : la frontière qui coûte cher
La jurisprudence retient trois critères : répétition, intention lucrative, participation personnelle. Une vidéo virale occasionnelle peut passer pour un revenu « non pro » ; un calendrier éditorial régulier, un contrat avec une régie et un MacBook amorti, c’est une activité professionnelle à plein. Dans le second cas, un déficit s’impute sur le revenu global ; dans le premier, il reste cantonné aux bénéfices de même nature pendant six ans – et l’URSSAF exigera les cotisations correspondantes dès que le seuil de 20 % du PASS est franchi.
Cotisations sociales, CFE, TVA : les oublis les plus fréquents
URSSAF : inscription automatique dès l’activation du statut d’auto-entrepreneur ou de l’EURL ; rattrapage possible sur trois ans en cas d’omission.
CFE : la cotisation foncière des entreprises vise toute activité professionnelle, même depuis la chambre transformée en studio. Première année d’exonération, puis barème communal.
TVA : les revenus de services numériques sont exonérés jusqu’à 36 800 € ; au-delà, il faut incorporer 20 % dans ses prix ou rogner sa marge. Twitch et OnlyFans n’ajoutant pas la taxe, c’est au créateur de la verser.
DAC 7 en pratique : comment la plateforme vous déclare
Collecte : nom, adresse, numéro fiscal, IBAN, montant brut, commissions.
Transmission au plus tard le 31 janvier à la DGFiP via un flux électronique sécurisé.
Croisement avec votre déclaration n° 2042. L’algorithme cible les écarts ; dès 5 000 € non déclarés, la probabilité de courrier « ESFP » bondit.
Contrôle : à défaut de réponse dans les 60 jours, taxation d’office (article L.69 LPF) + majoration de 40 % pour manquement délibéré, voire 80 % en cas de dissimulation.
Les zones grises… et pourquoi elles s’éclaircissent
Commissions d’agence, cadeaux en nature, cryptomonnaies offertes pour un placement produit, dropshipping éphémère, lives rémunérés en bits sur Twitch : jusqu’ici, l’administration se contentait de recoupements partiels. Les plateformes déclarent désormais aussi ces formes de rémunération lorsque la valeur est monétisée. Même une opération purement « en nature » (séjour Maldives, voiture prêtée six mois) peut être requalifiée en avantage imposable, sur la base de la valeur de marché.
Deux cas concrets
Clara, 23 ans, OnlyFans & MYM– Recettes 2024 : 120 000 € brut, commissions 18 000 €.– Elle reste en micro-BNC : impossible ; seuil dépassé. En 2025, l’URSSAF la requalifie en déclaration contrôlée, réclame 23 000 € de cotisations. La DGFiP notifie 34 000 € d’IR et PS, plus 40 % de majoration, car Clara n’avait rien déclaré. La plateforme avait, elle, tout transmis.
Maxime, 28 ans, YouTuber tech– Chiffre d’affaires 65 000 €, matériel acheté 18 000 €, loyer du studio 7 200 €.– En déclaration contrôlée, son bénéfice net tombe à 39 800 €. Il opte pour la SASU : il se verse un salaire de 30 000 €, soumet le reliquat de trésorerie à l’IS (15 %). Il récupère la TVA sur ses caméras et intègre la TVA dans ses factures d’affiliation.
Anticiper plutôt que régulariser
Le slogan « top 0,1 % OnlyFans » séduit, mais c’est dans les fichiers DAC 7 que l’administration détecte d’abord les étoiles montantes de l’influence française. Tenir un livre-recettes, ouvrir un compte bancaire dédié, facturer correctement, provisionner l’URSSAF et la TVA : ces réflexes basiques deviennent la meilleure protection contre un contrôle, à l’heure où la traçabilité numérique est totale.
Notre cabinet accompagne créateurs, agences et marques : choix du statut, structuration en société, optimisation sociale, sécurisation des flux publicitaires, relations avec l’URSSAF et la DGFiP. Parce que l’influence est un métier, sa fiscalité mérite le même professionnalisme.
Vous avez des questions ? Contactez nous : https://www.rous-avocat.fr/contact




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