Le mandat de protection future : anticiper pour préserver sa dignité, ses biens et ses proches
- Rodolphe Rous
- 15 juin
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : 17 juin

Nous vivons plus longtemps, mais nous vivons aussi plus fragiles. L’allongement de l’espérance de vie s’accompagne d’une augmentation sensible des pathologies neurodégénératives, des troubles cognitifs et des situations de dépendance. Dans ce contexte, le mandat de protection future s’impose comme un outil juridique moderne, humain et efficace pour anticiper la perte de capacité, organiser la gestion de ses affaires et éviter une mise sous tutelle judiciaire. Il permet à toute personne prévoyante de désigner, de son vivant et tant qu’elle est lucide, une ou plusieurs personnes chargées de veiller sur ses intérêts le jour où elle ne sera plus en mesure de le faire.
Fondements juridiques
Créé par la loi n° 2007-308 du 5 mars 2007 portant réforme de la protection juridique des majeurs, le mandat de protection future est aujourd’hui codifié aux articles 477 à 494 du Code civil. Il s’inscrit dans une logique d’anticipation respectueuse de la volonté individuelle et de la dignité de la personne. Contrairement aux mesures judiciaires classiques (tutelle, curatelle), il est déclenché hors de toute intervention du juge, sauf litige ou irrégularité. Il peut être utilisé pour se protéger soi-même ou pour organiser, à l’avance, la protection d’un enfant handicapé devenu adulte. Il a une portée aussi bien personnelle que patrimoniale, à condition d’avoir été rédigé avec précision.
Qui peut l’établir et dans quelles conditions ?
Toute personne majeure, ou mineure émancipée, peut établir un mandat de protection future si elle est en pleine possession de ses facultés mentales au moment de la signature. Le juge peut l’autoriser pour les personnes placées sous curatelle, mais non sous tutelle. Le mandataire, quant à lui, doit être une personne physique majeure ou une personne morale figurant sur la liste des mandataires judiciaires à la protection des majeurs. Il peut s’agir d’un proche, d’un professionnel ou d’une combinaison des deux. La relation de confiance est ici essentielle. L’acceptation du mandat peut être expressément formulée dans l’acte ou intervenir ultérieurement.
Formes du mandat : acte sous seing privé ou acte notarié
Le mandat peut être rédigé sous seing privé, à l’aide du formulaire Cerfa 13592*02, ou par acte notarié. Le choix de la forme a des conséquences importantes. Le mandat sous seing privé limite les pouvoirs du mandataire aux actes d’administration, à moins que certains actes de disposition soient prévus de manière expresse et acceptés par le juge. L’acte notarié, en revanche, permet d’inclure les actes de disposition (vente d’immeuble, souscription d’emprunt, répartition d’avoirs), sans besoin d’autorisation judiciaire. Il est également exécutoire de plein droit. Dans les situations patrimoniales complexes, le recours à un notaire est fortement recommandé.
Contenu du mandat
Un mandat de protection future bien rédigé définit avec précision les circonstances de son déclenchement, les pouvoirs conférés au mandataire, les obligations de ce dernier et les modalités de contrôle. Il doit mentionner le nom du mandataire principal, éventuellement des mandataires suppléants, l’étendue des pouvoirs patrimoniaux (gérer un bien immobilier, percevoir des revenus, effectuer des dépenses de santé), mais aussi personnels (choix du lieu de vie, relations avec le corps médical, protection des droits fondamentaux). Il peut prévoir une rémunération, des comptes rendus périodiques, des clauses de remplacement en cas d’empêchément.
Déclenchement et effets
Le mandat prend effet lorsque le mandataire présente un certificat médical circonstancié attestant de l’altération des facultés mentales ou corporelles de la personne, établi par un médecin inscrit sur la liste du procureur. Le dossier est ensuite transmis au greffe du tribunal judiciaire pour validation. Une fois reconnu exécutoire, le mandataire peut agir sans recourir au juge. Il gère alors le patrimoine et représente la personne dans les actes de la vie courante, dans le respect strict du cadre fixé. Il doit rendre compte de sa gestion selon les modalités prévues dans l’acte, voire au notaire ou à un tuteur désigné pour contrôler sa mission.
Fin du mandat
Le mandat de protection future prend fin en cas de décès du mandant, de retour à une pleine capacité attestée par certificat médical, d’ouverture d’une mesure de tutelle ou curatelle, ou encore sur décision judiciaire en cas de faute du mandataire. Le mandataire peut aussi y renoncer, sous réserve d’en informer le juge si aucune autre personne ne peut reprendre la mission.
Cas d’usage spécifiques
Le mandat est particulièrement adapté à certaines situations : chef d’entreprise souhaitant garantir la continuité de gestion, parent d’un enfant handicapé majeur, personne âgée isolée ou vivant à l’étranger, personne atteinte de maladie dégénérative en phase de lucidité précoce. Il permet de préserver les volontés, d’éviter des conflits familiaux et de mieux anticiper la transmission patrimoniale.
Le mandat de protection future est un instrument juridique puissant et éminemment personnel. Il permet d’anticiper sans subir, de préserver sa dignité et de soulager ses proches d’une charge souvent lourde en cas de perte de capacité. Encore méconnu, il mérite d’être expliqué, diffusé et proposé de manière proactive par les professionnels du droit. Car protéger l’avenir, c’est aujourd’hui que cela se décide.
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